5- Journal du Nigéria : lettre du 15 novembre 1987

Lettre du 15 novembre 1987

Chère Maman, cher Papa,

L’histoire s’est encore mal terminée ; vous vous en doutiez j’en suis sûre. Vous imaginez notre peine. Mais rassurez vous il n’y aura pas de conséquence opératoire. Je me maudis d’avoir fait subir à mon état tous ces dérèglements corrosifs. J’aurais dû attendre pour prendre l’avion. Alain vous dira que cela n’aurait rien changé et que c’est le sort de beaucoup de jeunes grossesses qui se terminent dans l’anonymat sans que la mère ne se soit aperçue de son état. Aussi dorénavant je ne pratiquerai plus le test de grossesse car si je ne sais pas que je suis enceinte, je n’aurai pas de chagrin. Voilà un argument positif en faveur du Nigéria car ici il n’y a pas de test. Le moral gagnera là où la science perdra.

Depuis je noie ma peine dans une activité démesurée. Dès ma sortie de clinique je suis allée voir la directrice de l’école pour proposer mes services en tant qu’enseignant de dessin. Passée la première surprise, elle a paru plus qu’intéressée et m’a même proposée de prendre les cours de technologie ou si je voulais le poste de maternelle car l’enseignante doit partir. Mon choix fut vite fait. Ce sera le dessin plus la techno même si dans cette dernière il y a des sujets où j’y connais peu ( économie) et d’autres où je n’y connais rien à rien ( mécanique/ électronique).  Mais le programme étant très encadré par le CNED ( cours par correspondance), je devrais m’en sortir.  Je commence lundi avec 6 heures par semaine, ce qui me laissera le temps de trouver autre chose.

Ce début positif m’a redonné du courage. L’après midi je rencontrais un architecte togolais, Jean Claude, très sympa qui m’a proposé de me faire rencontrer beaucoup de gens. Et il tient sa promesse. Grâce à lui j’ai déjà rencontré 2 architectes et 2 chefs d’entreprise et cela peut faire boule de neige. La première fois que j’ai dû expliquer mon cursus en anglais fut assez fastidieuse. Sans Jean Claude et le support de mes planches dessinées on y serait encore.  Mais maintenant je connais quelques mots clés : je me lance seule. Je fais donc la tournée de tout ce qui entreprend à Port Harcourt.  Cependant deux obstacles semblent surgir. Le premier et non le moindre est que je n’ai pas le droit de travailler avec mon visa « résident »…  mais vous savez  cela ne m’arrêtera pas. Le deuxième est la difficulté à trouver les adresses et les numéros de téléphone des entreprises : car il semblerait que ces concepts n’existent pas ici. De fait, il n’y a pas d’annuaire ni le jaune, ni le blanc ; alors comment trouver une entreprise qui pourrait avoir besoin des services d’une jeune architecte ?

Je pense que malgré la mauvaise nouvelle, c’est la première lettre que j’ai plaisir à vous envoyer. Maman je te remercie de la tienne. Elle m’a fait un bien infini et je l’ai lu et relu en boucle. Comme tu l’as écrit, quoiqu’il arrive il faut se relever. Voilà qui est fait.

PS : Pouvez-vous demander à Alain quand on peut retenter notre chance du troisième. Ici on n’ose pas demander à notre médecin que nous avons surnommé «  No contact »

Bises

Isabelle

 

Posted in 4 ans au Nigéria : la dure école de l'expatriation.

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