2 – Journal du Nigéria : lettre du 3 novembre 1987

Lettre du 3 novembre 1987

Chère Maman, cher Papa,

Je profite qu’un messager parte en France demain pour vous donner rapidement mes premières impressions. Le voyage fut long et fatigant pour chacun, particulièrement pour moi qui ait dû supporter l’énervement des enfants et les petits inconvénients de mon état.

La maison où nous sommes provisoirement installés est aussi vaste que peu meublée et a ce côté antipathique des lieux où on ne s’installe pas vraiment. Elle réussit le tour de force d’être froide dans cette partie du monde au climat équatoriale.

Un steward nous attendait à l’arrivée me privant ainsi d’occupations quotidiennes qui auraient pu m‘empêcher de penser. Responsable de l’entretien de la maison et tranquille depuis longtemps il ne nous a pas vu arriver d’un bon œil. Il a décidé de ne prendre ses ordres que de Jacques et me manifeste un mépris par trop visible. Il a hérité d’un bouc du précédent locataire : celui-ci a ses habitudes de confort et dort sur le canapé du salon répandant dans toute la maison une odeur pestilentielle. J’ai donc dû fuir le séjour.

Le jardin pourrait être plaisant mais le voisin élève des crocodiles et des serpents dont seul un petit grillage nous protège. Ayant vu plusieurs fois Antoine passer sa petite main à travers le grillage pour caresser les reptiles, j’ai également fui le jardin.

J’ai donc passé ces 3 premières journées à jouer avec les enfants dans les chambres à l’abri du regard noir du steward, de l’odeur du bouc, des morsures de serpents ou de crocodiles. Nous nous câlinons beaucoup. Antoine ne semble pas perturbé mais Marion si sensible voit bien que les choses sont bizarres.  Nous attendons le soir le retour de Jacques avec impatience pour reprendre un semblant de vie normale sans steward et sans bouc.

On a installé les cobayes loin du grillage du voisin et les tortues dans la douche. C’était le bon choix pour les cobayes qui se portent bien, mais les tortues n’ont pas survécu. On a dit aux enfants qu’elles étaient partis au zoo de Port-Harcourt et qu’on irait bientôt leur rendre visite.

A vrai dire j’ai un gros cafard et je m’inquiète beaucoup des journées à venir tandis que Jacques sera au travail. Vivement que nous déménagions et que la charge arrive… mais il parait qu’elle n’a pas encore quitté la France.

Mettons sur le compte de la fatigue mon manque de courage et mon inquiétude et espérons que mes prochaines lettres reflèteront un moral plus dynamique et un enthousiasme plus marqué. Je tacherai alors de mieux vous raconter nos débuts.

Bises

Isabelle

Posted in 4 ans au Nigéria : la dure école de l'expatriation.

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