Femme expat : La dure école du Nigéria

Notre famille vécut plusieurs années au rythme des longs voyages de Jacques. Un jour Marion fondit en larmes à l’un de ses retours. Quand vint Antoine, Jacques eut peur de ne pas voir grandir ses enfants. On décida alors de partir …. ENSEMBLE.

Michelin cherchait à cette époque des familles à envoyer dans ses usines lointaines. Nous rêvions du Canada, des Etats-Unis, du Japon, du Brésil……. Certes Jacques méfiant me mettait régulièrement en garde : «Attention, cela peut aussi être le Nigéria »

En 1987, Jacques obtenait son premier poste à l’étranger … 

Première leçon pour la femme expat : encaisser le choc de l’annonce

Le Nigéria ! Tétanisée, je viens d’apprendre la nouvelle : nous partons pour le Nigéria dans 2 mois.

L’air penaud de Jacques, la réaction de mes parents et de mes amis, rien ne me montrait que cette annonce était une bonne nouvelle. Le Nigéria était pour chacun le pays de la guerre du Biafra, de la violence et de la désolation humaine.

Et  nous devions y passer 4 ans!

Deuxième leçon pour la femme expat : surmonter l’angoisse des préparatifs

Pour préparer les familles à l’aventure, Michelin avait édité un petit livret avec une longue liste d’objets de première nécessité manquant sur place, une longue longue liste de précautions médicales et de vaccins et une encore plus longue liste de consignes de sécurité. De quoi vous donner la sinistrose.
Mais ce qui m’effrayait le plus était bien le paragraphe concernant les épouses. La femme d’expat était encouragé à ne pas sortir seules de la « base-vie » et à participer aux « cafés » ou après-midi récréation. Globalement, le travail de monsieur dépendant du sourire et de la sécurité de madame, il ne fallait pas que celle-ci prenne de risque ou sombre dans le cafard.

Ne me sentant pas prête à devenir recluse, je mis les 2 mois qui me restaient à mettre en place une stratégie de survie hors du groupe et surtout hors de la base. J’écrivais à toutes les associations caritatives pour leur proposer mon aide ; hélas toutes rejetèrent mon offre, même « Architecture sans Frontière ». Alors, pour avoir une chance de trouver un travail je remplissais notre charge de matériel à dessin et de ma documentation d’architecture. En cas d’échec, des livres, ma machine à coudre, mon métier haute lisse avec ses 200 kilos de laine pourraient m’offrir une alternative aux « cafés »

J’étais prête à tout pour trouver une activité qui ait du sens… quitte à faire fi des règles de sécurité

Troisième leçon pour la femme expat : protéger les siens à l’arrivée…

En novembre la famille avec Marion 5 ans, Antoine 18 mois, nos 4 cobayes et nos 6 tortues commençait sa première grande aventure collective.

Jacques fut vite accaparé par ses responsabilités au sein de l’usine. Marion et Antoine s’adaptèrent avec l’aisance des enfants dont le regard  accepte toutes les bizarreries. Pour moi qui avait troqué ma liberté contre un camp entouré de barbelés et mon agence d’architecture contre l’oisiveté imposée aux épouses, l’adaptation fut plus chaotiqueLes premiers jours furent pour moi un tel choc psychologique que je ne pus assurer la survie de tous… les tortues furent les premières victimes de ce voyage.

…. et penser à se protéger elle

Pour ne pas sombrer dans la neurasthénie je me mis à écrire. Ces lettres si fréquentes dans les premiers mois étaient comme des bouées à la mer que je jetais en direction de mes parents. Coucher les mots sur le papier me permettait de quitter mon rôle d’actrice pour ne devenir que spectatrice. J’appris à fermer les yeux devant l’horreur et à rire de mes déboires. Bien nécessaire distanciation qui m’a permis de tenir envers et contre tout… pour, au bout du compte, trouver le bonheur.

Cette expérience aurait pu nous dégoûter de l’expatriation.  Ce fut une révélation.

 

Un jour où je triais avec mes soeurs les affaires de ma mère, nous sommes tombées sur un énorme dossier marqué « Isabelle » . Mes lettres étaient là, bien classées. Je reconnus avec émotion  le papier bon marché qu’on trouvait sur les marchés africains.  Ce journal relate nos aventures parfois drôles , parfois violentes dans un pays vivant, bouillonnant et toujours prêt à exploser

JOURNAL DU NIGERIA D’ISABELLE LE BARON 

1 – Lettre du 3 Novembre 1987 : un comité d’accueil inattendu

2- Lettre du 9 Novembre 1987: Première vision de l’Afrique réduite à ma fenêtre

3- Journal du Nigéria – Lettre du 12 Novembre 1987

4- Journal du Nigéria – Lettre du 15 Novembre 1987

5– Journal du Nigéria – Lettre du 20 Novembre 1987

6- Journal du Nigéria – lettre du 24 Novembre 1987

7- Journal du Nigéria – Lettre du 29 Novembre 1987

8- Journal du Nigéria – Lettre du 2 Décembre 1987

9 – Journal du Nigéria – Lettre du 8 Décembre 1987

10- Journal du Nigéria – Lettre du 11 Décembre 1987

11- Journal du Nigéria – Lettre du 20 Décembre 1987

12 – Journal du Nigéria – Lettre du 23 Décembre 1987

13 – Journal du Nigéria – Lettre du 24 décembre 1987