1- Le choc de l’annonce

Le Nigéria ! Tétanisée, je viens d’apprendre la nouvelle : nous partons pour le Nigéria dans 2 mois. Certes, nous voulions partir… mais mes rêves se tournaient plutôt vers le Canada, les Etats-Unis, le Japon, le Brésil……. …… ; Certes Jacques méfiant me mettait régulièrement en garde « Attention, cela peut aussi être le Nigéria »
L’air penaud de Jacques, la réaction de mes parents et de mes amis, rien ne me montrait que cette annonce était une bonne nouvelle. Le Nigéria était pour chacun le pays de la guerre du Biafra, de la violence et de la désolation humaine.

Préparatifs mêlés d’angoisse

Pour préparer les familles à l’aventure, Michelin avait édité un petit livret avec une longue liste d’objets de première nécessité manquant sur place, une longue longue liste de précautions médicales et de vaccins et une encore plus longue liste de consignes de sécurité. De quoi vous donner la sinistrose.
Mais ce qui m’effrayait le plus était bien le paragraphe concernant les épouses. Celles-ci étaient encouragées à ne pas sortir seules de la « base-vie » et à participer aux » cafés » ou après-midi récréation. Globalement, le travail de monsieur dépendant du sourire de madame, il ne fallait pas que celle-ci prenne de risque ou sombre dans le cafard. Bref j’avais fui la vie libre de femme de marin pour devenir femme recluse de Michelin. Je mis les 2 mois qui me restaient à mettre en place une stratégie de survie hors du groupe et surtout hors de la base. J’écrivais à toutes les associations caritatives pour leur proposer mon aide ; hélas toutes rejetèrent mon offre, même « architecture sans frontière ». Alors, pour avoir une chance de trouver un travail je remplissais notre charge de matériel à dessin et de ma documentation d’architecture. En cas d’échec, des livres, ma machine à coudre, mon métier haute lisse avec ses 200 kilos de laine pourraient m’offrir une alternative aux « cafés »

Départ au Nigéria

En novembre la famille avec Marion 5 ans, Antoine 18 mois , nos 4 cobayes et nos 6 tortues commençait sa première grande aventure collective. Les premiers jours furent pour moi un tel choc psychologique que je ne pus assurer la survie de tous… les tortues furent les premières victimes de ce voyage.
Pour ne pas sombrer dans la neurasthénie je me mis à écrire. Ces lettres étaient comme des bouées à la mer que je jetais en direction de mes parents Coucher les mots sur le papier me permettait de quitter mon rôle d’actrice pour ne devenir que spectatrice. J’appris à fermer les yeux devant l’horreur et à rire de mes déboires. Bien nécessaire distanciation qui m’a permis de tenir envers et contre tout… pour, au bout du compte, trouver le bonheur.

Posted in 4 ans au Nigéria : la dure école de l'expatriation.

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