Tempête sur le Licorne Atlantique

Eté 1984-  Nous poursuivons notre route vers l’Australie sur un immense minéralier que rien ne peut pertuber. 

Enfin la tempête !

Un vent violent cognait sur le hublot et quelques petits couinements inhabituels se faisaient entendre. Mais rien ne semblait perturber le pas de Sénateur du Licorne Atlantique

Ce matin-là comme les autres je travaillais donc paisiblement dans ma cabine.

C’est seulement quand je pénétrais dans le carré que je sentis qu’il se passait quelque chose.

Le commandant ronchonna. «  Alors vous êtes heureuse, vous l’avez votre tempête. Vous en rêviez ; et bien vous êtes servie!!!! »

« Ah bon il y a une tempête !!! Mais on se sent rien !

Aux coups d’œil goguenards échangés entre les officiers, je compris que j’avais dit une bêtise. Ah ces bonnes femmes … des écervelées, même pas capables de reconnaître une mer démontée.

Ravie je demandais à Jacques d’aller sentir cette fameuse tempête de près. On sortit donc. Le vent d’une violence inouïe balayait le pont, sifflait joyeusement. Je m’amusais à tanguer sous ses gifles.  Ravie et inconsciente du danger,  je  tirais Jacques jusqu’au bastingage avant.

Quelle image fabuleuse !  La mer gigantesque tournait à nos pieds. Ecumante d’un côté , noire de l’autre elle frappait la coque  du Licorne Atlantique qui semblait ne pas broncher. Il dominait encore les gigantesque vagues dont certaines atteignaient déjà 14 m. De l’avant on voyait son long corps vriller en grinçant légèrement. Mais tel un arbre centenaire il se contorsionnait en résistant et continuait à avancer avec la noblesse des pachydermes

Vivante et remplie de cette énergie, les cheveux au vent et les jupes gonflées, j’étais prête à m’envoler. C’était grisant. Quelques années plus tard une certaine Kate Winslet y trouvait d’ailleurs le même plaisir … par une calme nuit sans danger encore.

La mer continuait de gonfler ; des gerbes d’écume passaient au-dessus de nous . Des vagues plus violentes que les précédentes, arrosèrent le pont.  Jacques sentant un autre type de tempête s’abattre sur sa tête me tirait la main. Il était temps de rentrer.

Sur qui va s’abattre la foudre?

Soudain la foudre transperça le haut-parleur et une voix rude hurla: «  LE BARON, quittez immédiatement ce fichu pont !!! »

Nous sommes rentrés penauds et le lieutenant LE BARON fut vertement réprimandé par son commandant.

Dehors les vagues triomphantes enjambaient le pont et déversaient leur paquet de mer ; Le Licorne Atlantique  dominé avait perdu de sa superbe.

Retour au début : « Femme de marin – Début des voyages »