Aller à l’autre bout du monde pour quelques minutes de bonheur

« Isabelle !? Elle est partie à l’autre bout du monde boire un café avec Jacques ! » . C’est ainsi que mes amies riaient de moi, à me voir partir sans réfléchir à mille lieux,  juste dans l’espoir de passer quelques heures avec mon mari.

Indifférente à leur railleries, je suivais les étapes des voyages de Jacques sur la gigantesque carte suspendue aux murs de notre séjour. Un aimant faisait office de navire. Des petits drapeaux représentaient les ports européens où je pourrais potentiellement le rejoindre. Les jours où j’avais le moral, l’aimant ne bougeait pas. Quand le spleen me gagnait, le navire fendait les eaux pour se rapprocher plus vite de notre hexagone. Quand l’attente devenait insoutenable, je pliais bagages et partais. Aucune logique ne pouvait alors m’arrêter. En stop, en train puis plus tard dans notre petite 4L verte ; ignorant les distances et les dangers, je fonçais… parfois très loin.

Dans les histoires qui suivent certains y verront comme mes parents des erreurs de jeunesse ou une grande immaturité ; d’autres , comme ma grande sœur de la folle inconscience ; d’autres encore, comme mes copines un amour passionné. C’était tout cela à la fois. Pendant ces 6 années de femme de marin j’ai foncé à l’aveuglette partout où la Compagnie Trans-Altlantique avait décidé de déposer pour une journée, voire quelques heures mon Jacques. Je découvrais, si ce n’est le monde, tout au moins les côtes et faisaient vivre à mes proches tout particulièrement mes parents et beaux-parents de beaux moments d’angoisse.

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