Urgence sur le Licorne Atlantique

Eté 1984-  Nous sommes sur Le Licorne Atlantique un des plus grands navires au monde et faisons route vers l’Australie

Hier A l’aube, rien se semblait vouloir faire de cette journée, une journée exceptionnelle. Cependant en tombant malade, le cuisinier en chef réussit à rompre la merveilleuse monotonie de nos journées à bord du Licorne Atlantique.

Le second capitaine promu d’office « médecin de bord » fit très vite son diagnostic : « colique néphrétique »

Le patient souffrant énormément, l’affaire était sérieuse et mobilisa immédiatement toute la maîtrise. Dans un premier temps ; le premier mécanicien mit le navire en vitesse de croisière et le radio chercha à se connecter avec saint Lys radio pour rentrer en contact avec un « vrai »médecin à terre. Enfin, en fin d’après midi le contact eut lieu. Le commandant put décrire les symptômes, le radio put traduire en bip, bip, le second capitaine put faire la piqûre… mais le cuisinier continuait d’endurer

Le médecin «  encore un qui ne connait rien à la marine » prescrit péremptoirement de débarquer le malade dans les 6 heures. Oui mais où ??? Le premier port etait à 3 jours ! Et encore quel port ? Y avait-il seulement un dispensaire ?

Un centre de secours breton prit enfin l’affaire en main et nous déclara prioritaire sur toutes les ondes. Il réquisitionna d’office un navire hydrographique qui avait la bonne idée de faire des études des fonds marins à quelques miles de là et surtout d’avoir un médecin à bord. On fonça vers lui, par surprise car l’autre n’en savait encore rien. Toute la nuit , le radio chercha à le contacter.

Sur la passerelle du Licorne Atlantique , l’activité était fébrile. L’état-major  réuni en grand complet devait prendre des décisions. Il y avait des choix à faire ; on jouait des millions contre la santé d’un bonhomme. Cachée derrière une table j’observais la scène. Le commandant semblait très soucieux . Perverse, je me demandais ce qui l’inquiètait le plus : la décision qu’il davait prendre ? L’état de santé de son cuisinier ? Ce qu’il allait manger le lendemain ? Le chef mécano semblait mécontent de devoir  forcer sa machine mais s’exécuta. Le second rigolait sous cape ; Il avait le bon rôle dans l’affaire. Jacques , dut calculer toutes les routes possibles à toutes les vitesses imaginables. Le timonier avait débloqué la conduite automatique et tenait la barre, prêt à manœuvrer

Les décisions étaient prises , changées et retransformées en fonction des marées, du marché du minerai et du cours du dollar. On accélèra, on ralentit, on changea plusieurs fois de cap. Le bateau hydrographique enfin contacté  dépêcha un hélicoptère .

Les hommes du pont s’agitèrent à leur tour. Chacun était à son poste d’urgence . On courait dans tous les sens. On jeta des bouées au cas où l’hélicoptère tomberait à l’eau ; on sortit des lances à incendie, des extincteurs, des canons à mousse au cas où l’hélicoptère ne tomberait pas à l’eau … etc etc. On sortit même des haches au cas où l’hélicoptère s’empalerait en haut du mat

Les ordres furent donnés, précis et exécutés promptement. Chacun savait où était sa place. C’était une magnifique manœuvre. Dans mon trou j’observais tous ces pachas qui normalement se contentaient de faire la roue. Aujourd’hui, ils méritaient vraiment  leur grade.

Enfin l’hélicoptère disparut à l’horizon. Tout le monde décompressa. Sauf le médecin qui venait de récupérer une bien lourde responsabilité

Les menus problèmes quotidiens ressurgirent «  Comment va-t-on manger ce midi ? » devint le principal souci

C’est alors que sottement je  sortis de mon trou.

D’abord surpris de me voir là les regards se sont posés sur moi avec un soudain intérêt. «  Savez-vous faire la mousse au chocolat ? » questionna sans détour le commandant. Prise au dépourvu je répondais sottement. Moi non, mais Jacques très bien. Tout le monde éclata de rire et il fut décidé dans l’hilarité générale que Jacques descendrait aux cuisines et que je prendrais son quart.

On continue donc sans cuisinier. Chaque matin l’aide cuisinier vient me poser quelques questions pour avoir de « bons conseils ». Je ne me presse pas d’y répondre et lui promets d’y réfléchir vite. Jacques meilleur cuisinier que moi y répond par mon intermédiaire… L’aide cuisinier guidé par une femme dont il ignore la duplicité est rassuré. Et moi, j’ai enfin trouvé ma place.

L’évènement est dorénavant oublié. Chacun a repris ses habitudes : le  timonier continue à somnoler en regardant l’horizon, Jacques a repris ses cours de cartographie, les grognons ont retrouvé leur mur des lamentations la majorité reprend ses longues litanies sur la retraite , les congés et la longueur des voyages. On n’ose plus cependant critiquement ouvertement la cuisine tout au moins devant moi

L’aventure les avaient transformés brièvement , trop brièvement en surhommes.

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